Toulousoscopie
Les socialistes tournent autour de François Bayrou comme les abeilles autour du miel. La bonne tenue dans les sondages du président du MoDem les inquiète sérieusement, alors que le PS n'a toujours pas de leader incontesté. Au-delà de leur positionnement commun contre la politique de Nicolas Sarkozy, les socialistes s'interrogent sur l'opportunité de «clarifier les convergences et les divergences» avec le MoDem, comme l'a proposé François Hollande dans une interview à L'Express, en date du 16 avril. Une proposition qui ne manque pas de sel, quand on se souvient de l'opposition de l'ex-premier secrétaire du PS à toute alliance pendant la présidentielle de 2007.
«Bayrou est dans une logique de concurrence»
Proche de Ségolène Royal, Jean-Louis Bianco s'est dit «surpris» par l'initiative, qu'il juge «maladroite». «La position qu'il
a prise sur Bayrou est à contretemps», a estimé l'ancien ministre, devant l'Association des journalistes parlementaires. «Avant de penser à une alliance tactique avec le MoDem, il faut d'abord
que le PS cherche à se retrouver, à travailler à l'affirmation de son projet et de son leadership», a confié dimanche le strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen.
Le patron des députés PS, Jean-Marc Ayrault, voit d'abord en Bayrou «un concurrent» du PS dans la perspective de 2012. «Je ne vois pas pourquoi nous irions vers des stratégies d'alliances
compliquées», ajoute le député maire de Nantes, qui «ne connaît pas» le projet de Bayrou et se demande «s'il en a un». C'est aussi l'avis d'André Vallini, qui considère que Bayrou «est dans une
logique de concurrence» pour arriver en tête du premier tour en 2012 face à Nicolas Sarkozy. «Il ne faut pas être dupes», dit-il. Ce scénario catastrophe - l'élimination du PS après le
premier tour - est dans tous les esprits. Aussi Vallini préconise-t-il que «le PS soit fort pour servir de pôle d'attraction». Le député et président du conseil général de l'Isère considère
en revanche qu'«il y aura des alliances avec le MoDem aux élections régionales» et il s'en «réjouit».
Au Sénat, Jean-Pierre Bel, qui préside le groupe PS, juge l'attitude des centristes «très ambiguë». «On a souvent des déceptions avec eux. Ils ne votent presque jamais nos amendements et
s'opposent rarement aux projets du gouvernement.» Le sénateur de l'Ariège conseille aux socialistes de «ne pas mettre la question du MoDem au premier plan de leurs
préoccupations».
Alors que Martine Aubry à Lille, Michel Destot à Grenoble et François Rebsamen à Dijon ont des élus MoDem dans leur majorité, les alliances locales pourraient se multiplier. C'est le vœu de
Gérard Collomb. «Il y aura forcément des alliances entre la gauche plurielle et la formation de François Bayrou aux régionales, parfois même dès le premier tour», prévoit le sénateur maire de
Lyon, qui a toujours fait campagne au centre et rappelle au PS que «s'il court après l'extrême gauche, il perdra des voix» au cœur de l'échiquier politique. La seule «solution», dit un expert du
dossier, c'est le «pragmatisme».
François Bayrou affirme que les députés européens du MoDem ont "constamment voté dans le sens de la défense des services publics". Des propos qui relèvent soit du "mensonge nourri d'ignorance", soit d'une "tentative manifeste et démagogique de tromperie des électeurs", réplique le Parti socialiste.

François Bayrou (Sipa)
"Les déclarations de François Bayrou concernant les services publics sont au mieux un mensonge nourri d'ignorance, au pire une tentative manifeste et démagogique de tromperie des électeurs", déclare Razzy Hammadi, secrétaire national du PS aux services publics. "François Bayrou rentre dans cette campagne des européennes avec les habits du menteur et du manipulateur", accuse-t-il dans un communiqué.
"L'épreuve des faits"
Dimanche, François Bayrou avait nié que les députés européens du MoDem aient voté de la même façon que les ultralibéraux.
Les eurodéputés MoDem siègent au sein du groupe ADLE (Alliance des démocrates et libéraux européens).
"Nous avons constamment, sans aucune exception, voté dans le sens de la défense des services publics", a déclaré François Bayrou.
"En ne prenant que trois votes parmi les plus importants pour l'avenir des services publics, on vérifie qu'en fait, la cynique posture de François Bayrou ne résiste pas à l'épreuve des faits", commente Razzy Hammadi.
Le socialiste mentionne les votes dans le cadre de la discussion relative à la directive "services dans le marché intérieur" (16 février 2006), lors du débat sur le Livre blanc de la Commission sur les services d'intérêt général (27 septembre 2006) et sur le rapport "Développement de chemins de fer communautaires" visant à "l'ultra-libéralisation" du secteur (18 janvier 2007).
«Au fil du temps, en une vingtaine d’années, de 1989 à nos jours, de changements de stratégie calamiteux en échecs patents, François Bayrou n’a eu de cesse de jouer à cache-cache avec le Centre et de l’instrumentaliser pour mener une carrière esseulée. Il a successivement dévoyé le centrisme, trahi les centristes, abusé l’électorat du Centre. Il mène désormais une aventure personnelle qui a peu de chances de lui permettre d’atteindre son objectif obsessionnel: la présidence de la République.»
Dominique Paillé ne pratique pas la langue de bois et il sait par ailleurs de quoi il parle! Il a été l'un des principaux responsables de l’UDF pendant plus de dix ans.
Il revient avec passion sur les causes de la disparition de la formation centriste. Il raconte et fait revivre les petits et les grands épisodes qui ont conduit François Bayrou à en finir avec l’UDF et à devenir un adversaire politique acharné, pour ne pas dire monomaniaque, de Nicolas Sarkozy.
Il met directement en cause les choix opportunistes et le comportement irrationnel du président du Modem. Il stigmatise sa démarche «tortueuse et improbable»: ce marché de dupe politique que François Bayrou propose aux électeurs; puisque, dans l’hypothèse – uniquement d’école - où il serait élu à l'Élysée, il ne pourrait rallier qu’un seul des deux camps pour gouverner.
Voilà François Bayrou démystifié, voire démasqué.
Dominique Paillé dresse enfin les portraits des principaux acteurs de la vie politique française qu’il a côtoyés au cours de ces dernières années. Ce document livre un éclairage captivant et utile sur le fonctionnement du microcosme politique.
Il faut saluer comme il se doit la longue croisade médiatique de François Bayrou qui, son nouveau livre à la main, évangélise avec talent ceux qui ignoreraient encore que nous ne sommes plus vraiment en démocratie, que nos valeurs républicaines sont en péril et que notre président de la République n'est qu'un petit homme barbare et immature. Il faut la saluer, cette croisade bayrouiste, parce qu'il n'est pas si fréquent qu'un homme politique se mette ainsi au niveau de grandes idées, à la hauteur de grands principes, à l'étage de grandes vertus pour écraser de son éloquence morale et humaniste le type dont il veut le job et qu'il déteste jusqu'à l'obsession. Hélas, Bayrou est tellement à son affaire d'abus de pouvoir sarkozien qu'il laisse dire des choses qui lui nuisent sans s'abaisser à les corriger ou à les démentir. C'est l'inconvénient de la hauteur de vue ou de la grandeur d'âme. Mais nous n'avons pas, nous, de ces pudeurs : dénonçons donc comme il faut les ennemis de Bayrou !
Commençons par cette phrase édifiante qu'on a pu lire dans un récent numéro du Point : "Alors qu'on roule à 300 à l'heure dans un TGV, François Bayrou est capable de remarquer qu'une vache est malade dans un champ." C'est son ami et très proche conseiller Philippe Lapousterle qui s'exprime. Un faux ami, oui, et un bien mauvais conseiller ! Cette manière de décrire Bayrou en super-Bayrou, aujourd'hui au regard perçant et demain, pourquoi pas, guérissant les écrouelles, ne peut que heurter les convictions laïques et républicaines dudit Bayrou, qui déteste les flatteries monarchiques. Pas encore président et déjà encensé par un entourage énamouré : dehors, Lapousterle, qui dévoie ainsi son maître à penser en rebouteux ferroviaire.
Deuxième occasion où Bayrou, n'était sa sagesse, aurait dû réagir : quand son éditeur, repris en choeur par les critiques, dit que son livre Abus de pouvoir est à Sarkozy ce que Le Coup d'État permanent de François Mitterrand fut à de Gaulle. Calomnie encore ! Et malveillance. Car chacun sait aujourd'hui que tout était faux ou à peu près dans le pamphlet de Mitterrand contre un de Gaulle dictateur, que seuls la haine, le dépit, la jalousie l'avaient inspiré, et qu'il n'y avait là-dedans ni pertinence, ni perspicacité. En voulant hisser Bayrou au niveau de Mitterrand, on ne fait que discréditer son ouvrage.
Il est vrai que Bayrou lui-même, avec quelle touchante innocence, ne déteste pas dire qu'il aimait bien Mitterrand et que Mitterrand l'aimait bien aussi. Il ne faut rien en croire. Par coquetterie, Bayrou se fait du mal à lui-même. Car le Bayrou qui a tenu la plume d' Abus de pouvoir , qui dénonce avec férocité le népotisme, l'affairisme, le monarchisme, ne peut crucifier Sarkozy et se recommander de Mitterrand. Il y a erreur sur la personne, forcément. Preuve qu'il faut protéger Bayrou, de ses amis et de lui-même. À multiplier ce genre d'erreurs, on finirait par prendre son indignation éditoriale pour une simple posture politicienne.