Au coeur de l'arène municipale
J’ai participé l’autre soir au premier conseil du secteur couvrant les quartiers du sud-est de la ville, animé par le Député-Maire-Président, secondé par le Maire
du secteur, un jeune élu communiste, le délicat Jean-Marc Barès. Une véritable leçon politique, administrée
par un orfèvre en la matière, selon un ballet d’exposés, de questions et de réponses réglées comme du papier à musique ! D’abord, 50 minutes
de discours des deux édiles, sur le sens de la démarche et les récentes réalisations municipales dans le coin. Puis des questions posées par des responsables associatifs ou des habitants, chacun parlant au nom d’un quartier compris dans le secteur, le Député-Maire-Président y répondant,
toujours avec assurance, plus d’une fois de façon imprécise ou très générale.
Aucune question ne donnait lieu à débat, et après chaque réponse, on passait à la question suivante !Au bout de trois-quarts d’heure de ce jeu de questions et de réponses, bien huilé et sans fausse note, sans un mot plus haut que l’autre, le patron de la
municipalité indique, benoîtement et avec douceur, qu’il commence à se faire tard pour garder une bonne qualité d’écoute, et qu’il serait bon de conclure ; c’est vrai qu’il est déjà 20h45,
l’heure d’aller au lit sans doute… Murmure (pas plus, je vous rassure) de protestations : il y a encore quelques questions à
prendre.
« Bon d’accord, deux ou trois encore, parce que je suis gentil, mais pas plus » nous signifie à peu près le Député-Maire-Président, et on pousse une
demi-heure de plus. Là, c’est fini, et il faudra qu’un commerçant se fâche pour glisser in extrémis son
mécontentement à propos de l’éloignement qu’il sent, chez le Député-Maire-Président, vis-à-vis des milieux et des questions économiques. En
discutant, à la sortie, avec plusieurs responsables associatifs, j’ai découvert le pot aux roses, l’explication du climat si aseptisé de cette réunion : seule une association par quartier
avait le droit de poser une question, chacune ne devait poser qu’une question et les questions devaient être communiquées au Député-Maire-Président plusieurs jours auparavant !
Quant aux orateurs, ils étaient triés sur le volet : pour le quartier de La Terrasse, c’était le mari de la
conseillère générale socialiste, pour le quartier Saint-Agne, un éminent militant du Parti socialiste, que j’avais vu quelques jours avant sur la place d’un marché en train de faire voter contre
la réforme de la Poste, et ainsi de suite !
Plusieurs responsables associatifs, demeurés muets ce soir là, m’ont dit n’avoir pas parlé parce qu’ils avaient refusé de soumettre préalablement leur question à la
Mairie. Ainsi, sur les 80 personnes présentes, moins de 10 ont pu s’exprimer, et des sujets importants,
comme le devenir de l’ex-prison Saint-Michel, n’ont pas été traités, alors que le périmètre concerné concerne une population de 70 000 Toulousains.
De « notre temps », jamais nous n’aurions eu ne serait-ce que l’idée de pratiquer ainsi la « démocratie locale », et toute personne assistant à
une réunion pouvait parler et reprendre la parole, créant un vrai débat. Cela n’avait pas empêché Mr Cohen
d’affirmer, juste après son élection, qu’il allait rendre la parole aux Toulousains et approfondir la démocratie. On voit ce qu’il en est !
Dans la même veine, la Mairie a fermé, à la faveur du mois d’août, le forum de discussion municipal sur le site “Toulouse.fr”, où 4 000 Toulousains étaient
inscrits et débattaient en toute liberté.
Jean-Luc MOUDENC
Maire de Toulouse de 2004 à 2008