Jeudi 19 mai 2011
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A lire, l'excellent dossier: Touleco "Immobilier où va-t'on?"
Avenues déshumanisées, logements standardisés, architectures uniformisées… La ville d’aujourd’hui ne se ressemble plus. Alors que le centre de Toulouse ravale ses
façades et cultive son patrimoine identitaire, à Borderouge, aux Ponts-Jumeaux ou aux Trois Cocus, on pourrait être partout ailleurs. Sous l’action des promoteurs, de la pression démographique et
du fait d’un manque de vision de la ville en matière d’urbanisme, le visage de ces quartiers semble définitivement altéré, défiguré.
ZAC Ponts-Jumeaux
Des faubourgs entiers se sont métamorphosés en quelques années ou ont littéralement émergé avec l’arrivée des fameuses Zones d’aménagement concerté. Ces quartiers
Lego où s’étirent à perte de vue des immeubles sans charme ni âme, que rien ne distingue de leurs voisins en dehors des numéros, ces places froides comme déshumanisées, ces appartements avec vue
sur le salon du locataire d’en face ou plongeant sur un rond-point comme à Marengo, ont remplacé les barres interminables du passé. L’uniformisation l’a emporté sur la verticalité.
En trente ans, est-ce tout ce que l’on a imaginé pour penser la ville ? Ne mérite-t-on pas mieux que cet urbanisme de copier-coller, que ces enfilades de R+5
où la briquette à bas coût continue de faire de la résistance ? Ces nouveaux quartiers que les promoteurs bâtissent mais qu’ils n’habitent pas, sont-ils notre seul avenir ?
Johanna Decorse
Un élu peut-il dessiner la ville, et diriger les projets des promoteurs ? Jean-Luc Moudenc et Daniel Benyahia, actuel adjoint en charge de l’urbanisme, rêvent
à l’unisson de Montpellier, Nantes ou encore de Barcelone. Mais alors pourquoi est-ce que Toulouse s’immobilise sous le joug d’une architecture si molle ?
Daniel Benyahia, contrôleur d'architecture molle
Pour Daniel Benyahia, les élus disposent de leviers qui peuvent orienter la qualité de l’urbanisme : « Nous pouvons initier des projets, ce qui
est le cas des éco-quartiers. Ou acheter du foncier, comme à la Cartoucherie où 30 hectares ont été façonnés par la ville. » Les élus maîtrisent le foncier et son aménagement dans
le cadre des Zones d’aménagement concerté. Mais les aplats de couleurs rouges ou jaunes de la ZAC des Ponts Jumeaux ne peuvent faire oublier le manque d’inventivité architecturale, et l’aspect
presque concentrationnaire de ces îlots où chaque immeuble ressemble au précédent.
Là où la partie semble perdue, c’est bien quand la maîtrise du foncier appartient à l’aménageur privé. « Nous pouvons juste vérifier les accès et
l’insertion du bâti : est-il conforme à l’architecture du quartier, et si non, la rupture est-elle harmonieuse ? », explique Daniel Benyahia. L’actuelle municipalité a
donc décidé de s’immiscer dans ces projets qui lui échappaient. « Nous intervenons avant le dépôt de permis, en travaillant avec les promoteurs et leurs architectes. Ils jouent le
jeu et les projets évoluent. »
Jean-Luc Moudenc: "j'ai pas eu le temps"
Il y pensait Jean-Luc Moudenc, justement, à cet urbanisme concerté. « Je me suis heurté à des résistances lorsque j’ai souhaité que la ville se dote
d’un architecte-conseil et que j’ai sollicité l’Ordre des architectes. Je n’ai pas bénéficié de l’environnement politique exceptionnel de Pierre Cohen. Et il fallait répondre rapidement au
développement démographique et faire passer les caractéristiques esthétiques au second plan. Penser l’urbanisme prend du temps. »