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Vendredi 15 mai 2009 5 15 /05 /Mai /2009 20:27
Par Pinocchio - Publié dans : Politoscopie - Communauté : Plus belle la vie politicienne
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Fillon, un austère qui redémarre

Le Premier ministre, longtemps moqué, revient en grâce à la faveur de la crise.

Par ALAIN AUFFRAY sur Libération

Intouchable Fillon. Dans la majorité, au Parlement comme au gouvernement, on finit par le trouver parfait, irremplaçable. Il fête lundi ses deux ans à Matignon et nombreux sont ceux qui parient qu’il tiendra encore jusqu’au-delà des élections régionales de 2010. Peut-être même jusqu’à la fin du quinquennat.

Il y a quelques mois, il était encore de bon ton d’ironiser sur son insignifiance. A l’Elysée et dans les entourages des sarkozystes labellisés, on moquait le «Mister Nobody» de Matignon. L’affaire était entendue : ce gouvernement n’avait qu’un seul chef, Nicolas Sarkozy, épaulé par le fidèle Guéant, secrétaire général de l’Elysée. Sous l’hyperprésidence, Matignon était une anomalie institutionnelle, confiée à un locataire en sursis.

Vache sacrée. Mais à l’UMP, ceux-là même qui annonçaient régulièrement son départ en font aujourd’hui une vache sacrée. Nadine Morano, sarkozyste secrétaire d’Etat à la Famille, faisait la semaine dernière l’éloge du tandem «parfaitement complémentaire» formée par la chef de l’Etat et son Premier ministre. Un tandem qu’elle verrait bien rouler jusqu’en 2012.

«Nous vous l’avions bien dit !» assurent en substance les amis et collaborateurs de François Fillon. «Moi, je n’ai jamais douté qu’il était le Premier ministre idéal pour Sarkozy. Ça devait marcher : il a rédigé le projet présidentiel et s’est toujours déclaré favorable à la présidentialisation du régime», explique le filloniste Philippe Goujon, député UMP de Paris.

Libéré de la sciatique qui l’a torturé l’an dernier, le Premier ministre marathonien a pu reprendre ses deux footings hebdomadaires. Un bonheur n’arrivant jamais seul, Sarkozy a également renoncé à réunir son G7, ce mini-Conseil des ministres réservé aux plus «politiques» des membres du gouvernement.

Ces derniers ne se font pas prier pour dire tout le bien qu’ils pensent de leur chef. Xavier Darcos (Education nationale) rend hommage à son efficacité présente et passée - «il a laissé des traces dans tous les ministères qu’il a fréquentés» - et à sa pudeur : «Pour Fillon, l’exhibition de soi n’a rien à voir en politique.» Sur ce point, il n’a jamais cessé de revendiquer sa différence : «Je pense vraiment que les politiques ne doivent pas être des stars […], ce n’est pas notre place que de faire le spectacle», déclarait-il l’an dernier sur France 2. Quand le pays s’enfonce dans la récession, la sobriété devient une vertu enviée.

Dans son état de grâce, le chef du gouvernement a été rejoint par Christine Lagarde, en première ligne face à la crise, connue et reconnue à Washington. «Il l’apprécie énormément : il la trouve solide, loyale, carrée et très sympathique», confie-t-on à Matignon. Il n’en dirait pas autant de ceux qui, au début du quinquennat, raillaient l’absence de «sens politique» de la ministre de l’Economie.

Dans le couple parfait qu’ils décrivent au sommet de l’exécutif, les ministres et les parlementaires UMP voient Fillon dans le rôle rassurant du copilote, les yeux rivés sur le tableau bord, capable le cas échéant de canaliser le volcanique chef de l’Etat.

Equidistance. Le Premier ministre cultive ce personnage. Devant les militants venus célèbrer le deuxième anniversaire de l’élection de Nicolas Sarkozy, il rend hommage à «l’initiative» et à «l’audace» du Président, assurant que «les murs de l’Elysée n’ont pas étouffé sa flamme». Dans le Figaro d’hier, il se présente en gestionnaire rassurant : «Je prépare un budget 2010 avec l’ambition et la volonté de réduire les dépenses de l’Etat. C’est à mes yeux la seule politique possible, qui produira des effets vertueux lorsque la conjoncture s’améliorera.»

Indispensable, Fillon l’est surtout grâce à son autorité sur la majorité parlementaire. Face à Jean-François Copé, l’ambitieux chef du groupe UMP à l’Assemblée nationale, il est, pour l’instant, le seul à faire le poids. Quand Copé revendique sa part du pouvoir en proclamant l’avènement de la «coproduction législative», il lui rappelle que, jusque-là, c’est «le gouvernement qui gouverne».

Pour Patrick Devedjian, ministre de la Relance, la démonstration est faite que dans la nouvelle donne institutionnelle, «le Premier ministre doit nécessairement être issu du Parlement». Elu et réélu depuis 1981, Fillon connaît parfaitement l’Assemblée nationale. Les élus du groupe UMP lui réservent à leur réunion du mardi matin un accueil souvent chaleureux.

Dans une majorité traversée de courants, il navigue à équidistance des sociaux et des libéraux. Convaincu par Sarkozy, il a pu mettre sur la table sa propre histoire politique pour convaincre les gaullistes d’accepter la réintégration du commandement de l’Otan. «On a le sentiment qu’il nous entend», ajoute Philippe Gosselin, député UMP (Manche) qui se qualifie de «pas très progressiste» sur les questions de société (travail dominical, droits des couples homosexuels).

Flatté que Jacques Delors le cite comme possible président de la Commission européenne, Fillon laisse ses amis préparer le terrain pour une éventuelle conquête de Paris. A Matignon, on proteste que le Premier ministre n’a «pas de plan de carrière». Fillon le confirmait hier poétiquement dans le Figaro : «Je travaille sans penser à mes lendemains.»

Commentaire n°1 posté par Pino le 16/05/2009 à 08h28

 
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