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Source: Le Monde
ll ne se jette pas sur les caméras et se méfie des journalistes. Comptez trois semaines au bas mot pour obtenir un rendez-vous avec le nouveau maire socialiste de Toulouse, élu en mars 2008 après
trente-sept années de règne sans partage de la droite et du centre ! A l'arrivée, une rencontre dans un restaurant sans chichi où, si l'on reconnaît sans doute M. le maire, on n'en laisse rien
paraître.
Qui connaît Pierre Cohen, 59 ans, ancien ingénieur à l'Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT), maire depuis un an de la 4e ville de France ? Il circule, dit-on, toujours incognito dans les rues de la ville ou dans le métro, qu'il emprunte fréquemment pour rallier le Capitole depuis Ramonville-Saint-Agne, la petite ville de l'agglomération toulousaine dont il fut maire pendant dix-neuf ans. Il y habite toujours. Après la dynastie des Baudis, père et fils, puis les trois ans de mandat de Philippe Douste-Blazy, trois fois ministre, Toulouse a choisi un obscur qui, plaisantent ses amis, arrive à pied aux inaugurations. Sa victoire n'était pas écrite d'avance. C'est avec 1 200 petites voix d'avance qu'il l'a emporté face au centriste Jean-Luc Moudenc, élu en cours de mandat après l'entrée au gouvernement de Philippe Douste-Blazy en 2004. Par comparaison, Catherine Lemorton (PS), une autre inconnue proche d'Arnaud Montebourg, avait gagné la législative de juin 2007 dans la 1re circonscription avec 5 000 voix d'avance face au même Jean-Luc Moudenc.
Son élection à l'arraché a sans doute convaincu le maire qu'il fallait rester prudent.
Et rassurer. Il a conservé son mandat de député malgré la promesse faite à ses électeurs de le lâcher une fois élu au Capitole : "Une élection partielle, assure-t-il aujourd'hui, aurait été
risquée pour la gauche." Centrée sur la concertation avec les Toulousains sur les transports et la culture, sa première année de mandat n'a pas fait dans le spectaculaire. La création "en six
mois" de la Communauté urbaine du Grand Toulouse, qu'il préside, est sa fierté. Mais il y a plus facile à vendre à des électeurs de gauche que trente-sept ans de pilotage à droite de leur ville
ont rendu impatients.
Pierre Cohen se dit conscient de cette "vraie difficulté". Cela ne suffit pas, toutefois, à le faire dévier du chemin qu'il s'est tracé. Toutes ces années passées à entretenir ses réseaux dans
les milieux associatifs et de la recherche lui ont enseigné que la détermination finissait un jour par payer. "Je demande qu'on me juge sur deux ans, et j'envisage mon action sur la durée de deux
mandats", insiste-t-il.
"Il avance palier par palier comme dans son sport préféré, la plongée sous-marine", souligne Jean Pierre Havrin, ancien directeur de la sécurité publique de Toulouse. Ce proche de Jean-Pierre
Chevènement avait été relevé de ses fonctions par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur en février 2003. Aujourd'hui à la retraite, "l'ancien flic" limogé est adjoint de Pierre Cohen
chargé de la sécurité. Un symbole, une revanche et un souvenir pour le maire.
Jean-Pierre Chevènement a été son premier mentor au PS où il est entré en 1974. Dans le sillage de l'ancien maire de Belfort, il a claqué la porte du parti en 1993. Il y est revenu en 1995 pour
faire campagne pour Lionel Jospin. Aujourd'hui, il revendique sans état d'âme son ancrage en Jospinie et se reconnaît "dans le parcours de Bertrand Delanoë" pour lequel il s'est beaucoup dépensé
pendant la campagne pour le leadership du PS. Comme Lionel Jospin, il a "foi en la puissance publique". Comme Bertrand Delanoë, dont il vit très mal la disgrâce actuelle, il est "très attaché à
la notion de parti". Avec l'aide précieuse du maire de Paris, il se construit, pas à pas, "un réseau international" indispensable, selon lui, "pour que la ville se hisse enfin au rang de grande
métropole". "A Toulouse aussi nous disposons du terreau pour construire cela", se rassure-t-il.